Étude sociologique 2024

"Avoir 20 ans en 2024"

Pour la troisième année consécutive, cette étude dresse un tableau précis et alarmant de la jeunesse étudiante qui nourrit les files d’attente de l’aide alimentaire en France, et nous aurions tort de nous y habituer.
Aujourd’hui, la moitié d’une classe d’âge accède à l’enseignement supérieur (contre 6% dans les années 1960) et cette démocratisation se conjugue à une paupérisation inquiétante : les nouveaux entrants à l’Université, venant de familles modestes et des classes moyennes, se débattent aujourd’hui pour obtenir leur diplôme. Leurs petits boulots à côté des études n’y suffisent pas ; les aides sociales sont insuffisantes et mal configurées mais aussi ignorées ; leur santé comme leurs loisirs sont sacrifiés.
Ce temps particulier des études, où l’on devrait pouvoir parfaire une formation, s’ouvrir à de nouveaux univers avant de déterminer un choix professionnel, cheminer tranquillement dans les débuts de la vie d’adulte, ce temps est sacrifié, effacé par la précarité économique et l’isolement. L’un des résultats les plus inquiétants de cette étude résulte du nombre d’étudiants, 20%, qui ont arrêté ou
envisagent d’arrêter leurs études. Le pays tout entier se priverait ainsi d’une génération prête à se former mais dont les premiers pas dans la vie active, sous les effets cumulés du Covid et de l’inflation, sont guidés par l’apprentissage de la pauvreté, l’entrée en misère. Qui pourrait s’en satisfaire? Qui peut même s’y habituer?
Les files d’attente n’ont cessé d’augmenter depuis trois ans et les bénévoles étudiants, eux-mêmes bénéficiaires, sont présents, chaque soir, pour distribuer sourires et colis, en déstigmatisant l’aide. De fait, s’est imposée dans le pays une nouvelle catégorie de « précaires » qui émeut de moins en moins, comme si on s’était habitués à l’inadmissible. Et si, derrière Linkee, première association d’aide alimentaire aux étudiants en France, de nombreuses initiatives ont fleuri dans le monde étudiant, elles sont aussi menacées par l’inflation et la faiblesse des financements publics et privés. Nous avons tous, étudiants et actifs, jeunes et retraités, une responsabilité commune, un sentiment d’indignation à garder intact, une mobilisation à préserver. Ce filet de sécurité que représentent les colis alimentaires frais et équilibrés donnés aux étudiants précaires doit rester ce qu’il est : efficace, massif et, autant que possible, éphémère.

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